Un succès mondial qui dure: l’école prussienne

Et qui sert-elle?

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Source: https://www.psychologytoday.com/blog/freedom-learn/200808/brief-history-education

 

L’école primaire obligatoire telle que nous la connaissons s’est mise en place petit à petit depuis la fin du 18ème siècle. Elle est souvent l’oeuvre d’éducateurs, philosophes et théoriciens allemands plus ou moins idéalistes, plus ou moins influencés par les idéaux de la révolution française et soutenus par les monarchies au 19ème siècle. Il se fait que cette période coïncide avec l’industrialisation des pays occidentaux et il est difficile de dire si c’est par dessein ou par hasard que les écoles ont fini par produire des élèves conformes aux besoins de l’industrie et des armées…

Pour ma part, j’ai toujours cru que nos écoles primaires et secondaires, avec leurs sonneries folkloriques aux changements de sujet (ou de professeurs), ses heures de 50 minutes et ses récréations etc. étaient le résultat d’une évolution, d’une optimisation progressive “sur le tas” de l’école de Charlemagne, un système moyen-âgeux relax où les bons maitres rossaient bien de temps à temps, toujours par tradition, les élèves récalcitrants, mais sans autre intention que pédagogique.

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Johann Gottlieb Fichte. Source: wikipedia allemand.

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William T. Harris vers 1900. Source: Wikipedia

Ce n’est pas l’avis de Hartmann (2003) déjà cité dans le billet sur les TDAH ni de Peter Gray dans son blog (A brief history of education). Hartmann voit dans l’école une opération délibérée, méthodique et même “scientifique” d’adaptation des élèves aux besoins de l’industrie et des sociétés du 19ème siècle. J’ajouterais les besoins des armées dont on a vu le niveau de conformité et d’obéissance des soldats lors de la première guerre mondale à Verdun et ailleurs. Selon Hartmann, les “coupables”  sont des théoriciens de l’éducation qui ont pour nom Johann Gottlieb Fichte (1762-1814), von Schlabrendorff (probablement Gustav von Schlabrendorff, 1750-1824; Note 1) et Johann Julius Hecker (1707-1768), “consultants” de Marie-Thérèse d’Autriche et de Frédéric II dans les années 1760. Le système était opérationnel en Prusse dès 1819. Mais s’agit-il vraiment d’un système de dressage? Qu’on en juge. Aux États Unis Hartmann cite l’opposition des patrons des chemins de fer à l’école obligatoire: ils craignaient de perdre leurs travailleurs de base, ceux qui défrichaient le tracé du chemin de fer et qui posaient les rails. William Torrey Harris (1835-1909), le premier Commissaire à l’Éducation des États Unis, que Wikipedia qualifie de “philosophe et éducateur”, a écrit dans les années 1850 une lettre à Collis Huntington (1821-1900; Note 2), “magnat ferroviaire”, pour le rassurer, en notant que les écoles publiques américaines étaient “étudiées” scientifiquement selon un système mis au point en Prusse de manière à ne pas trop éduquer les élèves mais au contraire de manière à former des travailleurs “socialement conformes.”

La conformité sociale varie évidemment beaucoup en fonction de l’époque et des circonstances. Les besoins de conformité sociale ne sont pas les mêmes dans la Chine de Xi Jinping et son économie communiste de marché, la France de Hollande qui fait son nid dans l’état d’exception, le Maroc de Mohammed VI et sa dérive islamique préventive (Ramandan obligatoire pour tous!), sans oublier la Corée de Kim Jong-un.

Voici en quoi consistait, selon Hartmann, ce système scientifique austro-prussien, adopté par les États Unis au milieu de 19ème siècle et nombre d’autres nations depuis.

1. Éducation obligatoire sous peine de poursuites. La fonction principale de cette mesure est d’obtenir un déplacement de loyauté de la famille à l’État, avec une majuscule. C’est de la même époque que date l’invention par Quételet de la statistique, méthode scientifique de récolte et d’analyse de données pour gérer l’État. C’est aussi l’époque des nationalismes et du partage de l’Afrique entre les puissances europénnes et une période d’essor industriel accéléré.

2. La séparation des matières a pour but, selon Fichte, de conduire à une pensée linéaire plutôt que holistique. Le prof d’histoire qui remplace le prof de géo, ce n’est pas parce que le niveau de complexité des matières enseignées nécessite des “spécialistes” différents. C’est parce qu’il faut apprendre à penser *dans* la boite, fermer la boite et puis passer à autre chose.

3. Tout est minuté (la cloche!) pour apprendre à raisonner et à fonctionner en termes d’objectifs immédiats . Selon Mumford (Note 3), “the clock, not the steam engine, is the key machine of the modern industrial age.”

William Farish (1759–1837). Source: http://www.ssplprints.com/image/82206/dawe-henry-edward-william-farish-chemist-c-1815

William Farish (1759–1837). Source: http://www.ssplprints.com/image/82206/dawe-henry-edward-william-farish-chemist-c-1815

4. Tout est coté: les élèves sont standardisés, conformes à la norme industrielle. Selon Postman (1993), l’évaluation quantitative des etudiants est une invention britannique. Elle a été introduite à l’université de Cambridge en 1792 ar un chimiste du nom de William Farish. Son idée d’attribuer une valeur numérique à la pensée humaine était révolutionaire et constitue une étape importante vers le développement d’une conception mathématique de la réalité. Si, dit Postman, un nombre peut être attribué à la qualité d’une pensée, alors nous ne sommes pas loin de mesurer des qualités comme la pitié, l’amour, la haine, la beauté, la créativité, l’intelligence… Quand Galilée disait que les mathématiques sont le langage de la nature, il n’entendait pas inclure les sentiments et l’esprit humains. C’est une étape que nous avons franchie depuis. Nos esprits ont été conditionnés par la technologie des nombres. Postman souligne aussi le rôle d’Auguste Comte, fondateur du positivisme et de la sociologie. L’approche de Comte selon laquelle les choses réelles sont mesurables (et vice versa) a contribué à la chosification de l’être humain.

5. Pas de donnant-donnant. C’est Hecker qui a inventé la main levée (en 1740) pour poser une question. A priori, on ne pose pas de questions. Pour poser une question, il faut être autorisé par… l’autorité. Lever le doigt a été introduit dans les écoles allemandes dans les années 1800.

6. Le contenu de l’enseignement est standardisé au niveau national, ce qui évite certainement quelques déviances déplaisantes aux gouvernement. Postman pense que c’est la révolution de l’information provoquée par l’invention de l’imprimerie qui a permis et rendu nécessaire la généralisation des écoles: l’Angleterre comptait trente-quatre écoles en 1480; en 1660 il y en avait 444. Il y a plusieurs raisons à cette explosion, et l’une des plus évidentes est de réponde à l’anxiété et à la confusion créées par la surabondance d’informations. La création des programmes scolaires est la réponse directe pour organiser et limiter les sources d’information. Les écoles ont servi à légitimer certaines informations et à en discréditer d’autres. En d’autres termes, les écoles sont une forme de gouvernance pour gérer l’écologie de l’information (Note 4).

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Bulletin scolaire de François Lejoly (Faymonville, Kreis Malmedy) de 1892, 3ème année, section II.

Ce qui est intéressant, c’est que la Prusse du “vieux Fritz” fourmillait de pédagogues philanthropes comme Fichte, Schlabrendorff et Hecker, et bien d’autres, comme Eberhard von Rochow (1734-1805), créateur d’écoles et auteur d’un livre de lecture à l’intention des élèves des campagnes. Il y a peu de doutes qu’ils étaient animés de meilleures intentions du monde, si j’en crois les biographies disponibles sur Wikipedia. Mais la Prusse fourmillait aussi de militaires et de bureaucrates. Selon Mumford, en 1740 la population militaire de Berlin était de 21,309 personnes pour un total de 90,000 (près de 25%). Mumford estime que la présence de cette foule d’humains conditionnés à “l’obéissance de masse” affectait toutes les facettes de la vie à Berlin. L’exposition à la discipline militaire a fourni le modèle pour le comportement brutal des nouveaux industriels qui régentaient les usines comme des despotes absolus (Mumford, 1970).

Mais les bonnes intentions des philanthropes n’ont pas empêché le recyclage du système scolaire pour les besoins grandissants de “conformité” de l’économie et des politiques du 19ème siecle, gourmandes de soldats, d’ouvriers pour l’industrie et de colons. De la même façon, l’invention de l’horloge (voir ce lien en rapport avec Mumford) a eu sur nos sociétés un impact qui va bien au-delà de la simple mesure physique du temps. Tout ceci sans compter que les écoles ont certes un programme officiel, mais que depuis toujours elles enseignent en plus des valeurs, des attitudes, des stéréotypes qui constituent un “programme caché” (voir: hidden curriculum) et, dans le cas de l’école prussienne  le principe d’autorité, le royalisme ou le prestige de l’armée.

Hecker a joué un rôle de premier plan dans la préparation du Generallandschulreglement, le règlement général des écoles rurales (Landschulen, Note 5) promulgué en 1763 par Frédéric II dans une Prusse où la scolarité était obligatoire depuis 1717. Le Generallandschulreglement est à la base du développement du système prussien des écoles élémentaires. En voici un passage dont je donne une traduction en Note 6: Zuvörderst wollen Wir, dass alle Unsere Untertanen, es mögen sein Eltern, Vormünder oder Herrschaften, denen die Erziehung der Jugend obliegt, ihre eigenen sowohl als ihrer Pflege anvertrauten Kinder, Knaben oder Mädchen, wo nicht eher, doch höchstens vom fünften Jahre ihres Alters in die Schule schicken, auch damit ordentlich bis ins dreizehnte und vierzehnte Jahr kontinuieren und sie so lange zur Schule halten sollen, bis sie nicht nur das Nötigste vom Christentum gefasst haben und fertig lesen und schreiben, sondern auch von demjenigen Rede und Antwort geben können, was ihnen nach den von Unsern Konsistorien verordneten und approbierten Lehrbüchern beigebracht werden soll.

On voit bien dans ce texte de 1763 que la composante “éducation nationale” prime sur celle “d’instruction publique” (Note 7).

Une belle illustration en est donnée par le bulletin scolaire de François Lejoly, élève de 3ème primaire à l’école du village de Faymonville (Wallonie prussienne) en 1892. Les matières citées en premier lieu sont I. Betragen (comportement, éducation) où François obtient la note gut, II. Fleiß (zèle) où François est un peu moins bon (juste genügend, satisfaisant) et le III. Schulbesuch (fréquentation de l’école), qui lui vaut un regelmäßig (régulier). Les autres matières (IV. Kentnisse und Fertigkeiten, Connaissances et aptitudes) commencent par la 1. Religion, subdivisée en Catéchisme (pas de note?) et l’histoire biblique (genügend). Viennent ensuite Deutsch avant Rechnen (calcul) etc et finalement les “aptitudes”, où on note la calligraphie (genügend), le dessin, le chant et la gymnastique (elle aussi genügend). Notez, pour l ‘anecdote que ni le nom du village, ni la signature du père de François (Jean Lejolÿ) ni celle de l’instituteur Dupont ne sont écrits en caractères Sütterlin, l’écriture cursive correspondant au gothique allemand. Notez aussi que Jean Lejoly qui, contrairement à son fils, avait fréquenté l’école d’avant Bismarck en français, c’est à dire avant la “sanctification” de l’État prussien et germanique, écrit son nom Lejolÿ (avec des trémas sur l’y) pour éviter qu’il ne soit prononcé à l’allemande, soit “Leiolü”.

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Une caricature de Th.Th. Heine publiée en 1910 dans le journal satirique Simplicssimus (Note 9).

En Autriche, en Hongrie et dans les pays de la couronne de Bohème l’instruction obligatoire a été introduite en 1774 (voir ici et ici et Note 8). En France, c’est plus flou:  les fameuses lois de 1881-82 de Jules Ferry, qu’on ressort à chaque crise du foulard islamique, concernent l’éducation laïque obligatoire, ce qui confirme aussi, si c’était nécessaire, qu’il existe naturellement depuis bien plus longtemps une éducation non-obligatoire par des écoles religieuses. Aux États Unis, c’est le Massachusetts qui le premier a rendu l’enseignement obligatoire en 1852. Sans surprise, c’est le Mississippi qui a été le dernier en 1918. Au Royaume-Uni, l’éducation a été rendue obligatoire jusqu’à l’âge de 10 ans en 1880.

L’éducation gratuite et obligatoire est un des droits fondamentaux de la personne humaine repris par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. L’enseignement, l’éducation et/ou l’instruction ne sont pas mentionnés, par contre, dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, version 1789, même si on y trouve bien “la libre communication des pensées et des opinions”.

L’article 26.2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme souligne que l’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et même au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. On sent déjà que tout ça n’est pas très compatible avec les divers impératifs de conformité… L’article enfonce le clou en notant que l’éducation doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.

Nos écoles occidentales ne sont certes pas répressives par essence, mais il reste qu’elles ont une hérédité chargée et que, de facto, elle standardisent les élèves. Et tant pis pour ceux qui, pour de nombreueses bonnes et mauvaises raisons ne sont pas standardisables.

(Avec un grand merci au Condruzien Belge pour la relecture; pas un accent ne lui a échappé!)

Notes

Note 1: Wikipedia allemand a une longue liste de von Schlabrendorff, sans que je puisse décider avec certitude lequel est celui qui est cité par Hartmann. S’il s’agit bien de Gustav, c’est un personnage intéressant, enterré au Père Lachaise. Wikipedia a une longue liste de von Schlabrendorff, dont plusisurs généraux et un évêque.

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Collins P. Huntington, magnat des chemins de fer au 19ème siècle, Source: http://www.pbs.org/wgbh/americanexperience/features/biography/tcrr-huntington/

Note 2: Collins P. Huntington, self-made-man et magnat des chemins de fer, bien connu par de nombreux sites consacrés aux chemins de fer étatsuniens.

Note 3: il s’agit de Lewis Mumford. Mumford subdivise la civilisation humaine en trois époques dites Éotechnique (Moyen Âge), Paléotechnique (la révolution industrielle), et Néotechnique (l’époque de Mumford, le 20ème siècle). On pourrait ajouter la période Infotechnique! Mumford considère les organisations hiérarchisées comme des méga-machines qui utilisent l’homme comme l’un de leurs composants. Les États-Unis, l’Union soviétique (à l’époque de Mumford), l’Égypte pharaonique et l’empire romain sont autant d’exemples. Mumford considère que l’attention méticuleuse accordée à la comptabilité (lire aussi: statistiques nationales), la standardisation et le prestige de l’armée comme caractéristiques des méga-machines. Elles fonctionnent par ailleurs grâce à une énorme bureaucratie dont l’homme constitue les “servo-unités”, travaillant sans aucune implication éthique.

Note 4: “Écologie de l’information.” Cette expression est typique de Postman, selon qui l’impact des technologies n’est ni positif ni négatif mais “écologique”: elles changent complètement le système. Si on tue toutes les chenilles dans un écosystème, on aura pas le même écosystème sans les chenilles. On aura un autre écosystème.

Note 5: le mot “Landschule” est un peu ambigu. Il pourrait vouloir dire “école nationale” (Landsschule, normalement avec deux s) mais les dictionnaires clarifient que “Landschule” signifie bien “Dorfschule” (école de village) ou “Schule auf dem Lande” (école rurale).

Note 6: une belle phrase bien longue en allemand quelque peu daté. Pour commencer, nous voulons que tous nos sujets (il peut s’agir des parents, tuteurs ou autorités) à qui incombe l’éducation des jeunes, envoient à l’école leurs propres enfants ainsi que ceux dont ils ont la charge, garçons ou filles, dès cinq ans (si pas plus tôt) et qu’ils continuent de le faire jusqu’à leurs treizième et quatorzième année, et aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce qu’ils aient saisi les notions les plus nécessaires du christianisme, qu’ils soient rompus à la lecture et à l’écriture, mais aussi qu’ils puissent s’exprimer et répondre aux prescriptions des consistoires (=autorités religieuses) et à ce qui leur aura été appris [*] par les manuels approuvés. [*] On peut aussi traduire “beibringen” par “enseigner” ou “inculquer”

Note 7:  je me souviens du bâtiment néo-classique du ministère de la “Pubblica istruzione”  à Rome où, sous le titre moderne, on lisait encore il y a quelques années “Ministero dell’Educazione Nazionale”. En fait, le titre originel du Ministère sous Cavour était “Ministero della Pubblica Istruzione”; il est devenu “Ministero dell’Educazione Nazionale” sous Mussolini en 1929, et redevenu “Ministero della Pubblica Istruzione” en 1944.

Note 8: il faudrait lire les lois Ferry pour voir si elles instituent l’ecole des “libres pensées et opinions”.

Note 9: la caricature (1910-11) a pour titre “Fortschritt im Schulwesen” (Progrès dans le système scolaire). Elle est parue en 1910-11 dans la revue Simplicissimus.  Selon le DGDB, un projet du Deutsches Historisches Institut (Washington), le dessin de Thomas Theodor Heine critique le militarisme prussien et la soumission aux autorités. Un fonctionnaire de police enseigne l’éducation civique à l’aide de son sabre. La revue Simplicissimus a été interdite en 1944. Son nom était un hommage au célèbre roman (1668) de Grimmelshausen, Les aventures de Simplicius Simplicissimus, peu connu du public francophone, selon Wikipedia.

Références

Hartmann T 2003 The Edison Gene: ADHD and the Gift of the Hunter Child” Park Street Press, Rochester, Vermont. Voir aussi youtube pour un entretien avec l’auteur, psychiatre connu et auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation.

Mumford L 1970 The Culture of Cities. Forbidden Bookshelf, Open Road Integrated Media.

Postman N 1993 Technopoly: The Surrender of Culture to Technology. First Vintage Books.

 

 

  6 comments for “Un succès mondial qui dure: l’école prussienne

  1. Guy
    20160330 at 12:32

    > Mais les bonnes intentions n’ont pas empêché le recyclage du système scolaire pour les besoins grandissants de “conformité”

    Il y a en fait une misère inhérente aux bonnes intentions.
    Elles portent en elles-même tout l’impensé de leurs auteurs, et n’ont pas besoin d’un ‘recyclage’ pour développer des effets étrangers à la conscience, mais pas à l’inconscience, de leurs auteurs.

    • 20160330 at 13:02

      Assez curieusement, j’ai même l’impression que qu’est comme ça que procède l’évolution. Quand les plumes sont apparues chez les dinosaures, elles servaient sans doute seulement à faire joli ou à impressionner les dames. Par la suite, elles ont servi à tenir chaud et pour finir, à voler. Le vol est un effet secondaire. C’est le fameux spandrel de Gould (http://wergosum.com/god-explained/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Trompe_%28biologie%29) dont je viens d’apprendre sur Wikipedia qu’il s’appelle “trompe” en Français. C’est aussi comme ça que fonctionnnent nombre d’innovations. Elles existent parfois depuis longtemps, et quand les conditions s’y prêtent, elles explosent. Je crois que c’est aussi la raison d’être de la polyallélie: des caractères qui varient sur une grande amplitude, et puis un jour il y en a un qui donne un avantage sélectif.

  2. 20160330 at 12:01

    Ce que j’en avais compris est qu’à l’origine le Roi de Prusse était gêné parce que la seule classe sur laquelle il pouvait compter pour faire le travail de clerc, comptable et autres fonctionnaires nécessaires aux rouages de l’État, était la noblesse. Eux seuls recevaient l’instruction nécessaire, dès la petite enfance. Mais, la noblesse manquait de respect pour le bouffon sur le trône, sans doute parfois pour de bonnes raisons. Il a donc été fondé des écoles pour donner l’éducation nécessaire à des enfants qui n’étaient pas nobles. Dans ces écoles, il était endoctriné que le Roi était infaillible et que son commandement devait être exécuté à la lettre et en toutes choses. Il semble que des aspects de ces écoles étaient criticables, genre violence et sectarisme. Les humanistes mentionnés dans le billet sont les personnes qui auraient retravaillé ce système scolaire, pour lui donner une forme qui serait reconnaissable actuellement. On venait de l’étranger pour voir ça et les visiteurs américains ont été babas de l’obéissance dont faisaient preuve les enfants.

  3. Jacques
    20160327 at 01:33

    J’oubliais of course la Hausfrau : les 3 K : Kinder, Küche, Kirche… et la boucle est bouclée ! Un système solide !

  4. Jacques
    20160327 at 01:31

    Il me semble que le premier objectif était de soutenir et développer le ‘despotisme éclairé’ ce qui, bizarrement, exigeait de développer une armée performante (les éclairs des sabres, du soleil sur les casques et les cuirasses soulignent le côté ‘éclairé’ du despotisme) : puis on s’est rendu compte que cela exigeait une industrie et une standardisation… La chronologie est logique. A cela s’ajoute le problème du protestantisme qui reconnait l’individu et là la quadrature du cercle a un peu coincé. Par contraste en Angleterre, l’accent étant mis sur le mercantilisme, il fallait un système éducatif qui primait l’individu sur l’Etat et la promotion des ‘3 Rs’ : Reading, Riting and Rithmetic’ ! La France en retard sur l’industrialisation et le commerce avait moins besoin de gens éduqués. Il fallait une population rurale pour fournir les troupes nécessaires à la colonisation…
    Le billet de René, à partir de l’exemple du bulletin de Joly mériterait de développer davantage le besoin de promouvoir l’importance de la religion (sabre et goupillon) qui confirme bien la finalité ‘serviteur de l’Etat’ de l’éducation. La Hausfrau en contrepartie devait pondre. Le triangle : école, père/mari fonctionnaire et sa femme/Hausfrau/Mutter suffisamment éduqués devaient assurer l’encadrement des petits et les « élever » suivant les besoins de l’Etat.

  5. Guy
    20160327 at 01:29

    Intéressant!
    Les sources prussiennes tendraient à donner une prééminence aux impératifs étatiques sur les besoins de l’industrie, qui sont postérieurs.

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